Parmis les témoignages que nous recevons, de nombreuses personnes nous font part de leur peur d’arrêter la pilule. Oui, de la peur. Mais peur de quoi ? Pourquoi avons-nous si peur d’arrêter un comprimé que nous prenons chaque jour ? Pourquoi est-il si difficile de l’arrêter alors que la prise n’a pas été sujette à autant de réflexion ?

C’est une question que nous nous sommes posées lorsque nous avons voulu nous même arrêter la pilule. Cette étape nous paraissait simple mais quand nous avons dû la franchir… Ce n’était pas la même chose. A ce moment-là, il est difficile de comprendre pourquoi nous avons si peur, pourquoi cette étape est-elle si compliquée. Dans cet article, nous allons te donner des bribes de réflexions. N’hésite pas à partager ton ressenti dans les commentaires.

Faire face à l’inconnu

Après des années sous hormones, nous ne savons plus comment notre corps fonctionne naturellement. D’ailleurs, nous nous demandons s’il sait encore se débrouiller tout seul. Et faire face à l’inconnu fait toujours peur. Mais c’est en surmontant ses peurs que nous arrivons à évoluer. Comprendre cette peur est la première étape pour ensuite la franchir.

Par ailleurs, quand on y réfléchit bien, l’arrêt de la pilule c’est bien plus que l’arrêt d’un simple comprimé. Nous remettons souvent beaucoup de choses en question au même moment. C’est un véritable retour à soi, à ses ressentis, à ce que nous voulons vraiment. Bien souvent, cette étape s’accompagne d’un retour au naturel après des années sous hormones de synthèse. Bref, c’est une remise en question globale et cela peut nous bousculer.

Ce n’est jamais agréable d’être dans une phase de questionnement intense, dans une étape de transition. Mais c’est complètement sain et plus que tout nécessaire.

“Plus que faire face à l’inconnu, c’est se faire face à soi.”

Et avons-nous vraiment pris le temps de prendre soin de nous ?

La pilule, cette drogue quotidienne

Oui, disons le clairement : nous pouvons considérer la pilule comme une drogue. Simplement pour deux raisons :

  • La difficulté que beaucoup éprouve pour l’arrêter
  • Sa capacité à mettre en veille notre corps

Nous avons mis notre corps sous une camisole d’hormones des années durant. Et la prise de ce médicament n’est pas anodin. Comme tout médicament, il a un impact sur notre corps !

Rappelons aussi que la pilule est le seul médicament à être prescrit alors que nous ne sommes pas malades (exclusion faite des maladies gynécologiques) ! Elle est prescrite pour clairement et ouvertement stopper un processus purement naturel, notre cycle menstruel, qui lui est signe de bonne santé… Va comprendre !

Par ailleurs avoir de l’acné ou des cycles irréguliers ne signifient pas que nous sommes malades ! De ce fait, prescrire la pilule pour ces deux cas est encore une fois, une hérésie…

Et le corps médical dans tout ça ?

Médecins généralistes, sage-femmes ou encore gynécologues : comment faire confiance aux praticiens qui nous ont prescrit durant des années ce comprimé ?

De nombreux praticiens ne prennent pas en compte les douleurs et les plaintes des femmes face aux maux provoqués par la pilule. Tantôt cela vient de notre tête. Tantôt nous sommes des chochottes. Ou encore nous ne faisons vraiment aucun effort alors que nos grands-mères se sont tant battues pour obtenir le droit à la contraception… Bref. Cela se passe vraiment de commentaire.

Tu penses bien faire en venant consulter ces personnes auxquelles tu es censée avoir confiance lorsqu’il s’agit de ta santé. Tu ressens le besoin d’être écoutée, le besoin d’aide et de soutien. Cependant, tu te retrouves face à ce genre de réponse, comment ne pas te sentir perdu/e ?

A ce sujet, nous avons d’ailleurs écrit un article complet avec une piste pour t’aider à trouver un praticien plus ouvert et apte à t’accompagner sur ce chemin.

Se sentir seule

C’est donc à ce moment précis que tu te sens extrêmement seul/e. Ce retour à soi peut être perturbant mais il est aussi très personnel. Tu trouveras même bizarre de ne pas arriver à exprimer tes craintes, tes peurs et ce que tu ressens vraiment.

Ainsi, il est possible que tu te tournes vers ton entourage : famille, amis, conjoint. Et c’est à ce moment-là, ce moment où toi même tu doutes, tu ne comprends plus ce qu’il t’arrive finalement, que tu fais face à des réactions… parfois très étranges. Presque les mêmes que tu peux entendre de la part du corps médical.

“Avec nos proches, notre partenaire, le corps médical, la discussion est parfois difficile.”

La peur de tes proches

Comment être sûre de ton choix lorsque tes proches transposent leurs peurs sur toi ? Encore une bonne question… Ils peuvent avoir peur pour toi pour différentes raisons mais principalement parce qu’ils ont peur que tu tombes enceintes peut être trop jeune… “Peur de tomber enceinte” mais pas peur que tu tombes gravement malade à cause d’une pilule… Pas peur de souffrir au quotidien. Pas peur de ne plus ou pas avoir de vie sexuelle. Non, peur de tomber enceinte.

D’autant que la pilule n’est pas un contraception fiable à 100%. C’est une chose qu’il ne faut jamais oublier !

Comme si à l’arrêt de la pilule, tu n’avais pas conscience et que tu n’allais pas te tourner vers d’autres méthodes de contraception. Encore une fois, l’on a tendance à nous infantiliser. Tu es pourtant maître de ton corps et de tes  décisions !

Nous estimons aussi qu’il y a une forme de conditionnement dans cette réponse. Ferons-nous face aux mêmes réactions si nous avons autour de 27/30 ans et si nous avons autour de 20/23 ans ?

Certainement pas, car dans notre société occidentale il est davantage dans la norme de voir une femme tombée enceinte autour de 27 et beaucoup moins autour de 22 ans.

Mais à quel moment pouvons-nous et devons-nous parler de normes en ce qui concerne le corps de la femme* ? C’est comme si, selon sa tranche d’âge, la femme* était conditionnée à faire telle ou telle chose, car “c’est maintenant” qu’il faut le faire.

Encore une fois, notre corps nous appartient et ne laissons pas les autres influer sur nos décisions.

La charge contraceptive : la charge mentale de la femme

Et dans tout ça, ne faut-il pas rappeler que la contraception est une affaire de couple ?

L’arrêt de la pilule est aussi le moyen de prendre conscience que pendant des années l’homme s’est très peu posé la question sur son rôle dans la contraception. La charge de la contraception incombe à la femme depuis des dizaines d’années maintenant. Elle est donc responsable d’un acte qui se pratique à deux, au minimum.

Or, cet arrêt des hormones concerne le couple (si tu es en couple). Il est donc important d’en discuter avec ton partenaire pour réfléchir au prochain moyen de contraception. Tu es la seule capable de savoir ce qui est bon pour toi. Rappelles toi en.

Cependant, inclus ton partenaire dans cette réflexion. N’arrête pas la pilule dans son dos, nous sommes biens d’accords. Il est aussi important que ton partenaire te soutienne dans cet arrêt. Il est toujours plus simple de se sentir soutenu dans un événement qui nous fait peur. D’autant que réfléchir à la prochaine contraception utilisée et/ou le préservatif va être un sujet à aborder. Comme on le dit souvent dans nos articles : l’homme n’est pas un ennemi !

Nous avons rédigé plusieurs articles au sujet des méthodes de contraception sans hormone, vers lesquelles vous pouvez vous tourner à l’arrêt de la pilule.

“Ne fais pas de l’homme le responsable, ni ne le transforme en ennemi.”

As-tu des conseils pour surmonter cette peur d’arrêter la pilule ?

Les seuls conseils que nous pouvons te donner c’est de prendre ton temps et de te concentrer sur toi, sur ce que tu veux toi ! Prendre son temps parce que, aussi bizarre que cela puisse paraître, on en a besoin.

D’une part pour assimiler toutes les informations concernant la contraception hormonale et ses effets potentiels sur la santé. D’autre part pour comprendre les méthodes de contraception non hormonales qui s’offrent à nous.

C’est également le moment essentiel pour assimiler qu’aucune méthode de contraception n’est fiable à 100% (même la tant vénérée pilule) et donc pour en discuter avec ton partenaire, etc. Mais aussi, prendre du temps pour te recentrer sur toi. C’est un beau cheminement que d’arrêter la pilule. Utilise-le pour t’ouvrir à toi !

Tu verras, un jour l’arrêt de la pilule sera une évidence, comme un déclic.

Toutes ses raisons, ses pressions, ses peurs, que tu as toi ou ton entourage, participent aux doutes sur l’arrêt de la pilule. Il est important dans ces moments-là de se concentrer sur soi. D’oublier ce que peuvent penser les autres et de se demander “Qu’est-ce que je veux vraiment ?” et “Pourquoi la pilule est mauvaise pour moi ?”. Note sur un papier si tu en as besoin. Couche sur papier tes peurs et tes émotions face à ce questionnement. Et surtout, parles-en avec des personnes qui ont vécus ou vivent ces doutes. Tu peux venir nous en parler sans souci. Nous nous rendons disponibles du mieux possible pour vous répondre par message privé sur instagram ou par email.